Ed. Actes Sud
Roman, Prix Femina 2006
On pourrait commencer par « il était une fois un grain de beauté qui se promène de génération en génération ».
Un superbe roman qui mêle dérision, courage et tendresse dans une construction exceptionnelle.
Quelles conséquences ont les mouvements de l'histoire sur les individus ? C'est ce que Nancy Huston recherche
à travers ce roman assemblé de quatre portraits d'enfants de la même lignée, l'année de leurs six ans.
D'une génération à la suivante, chaque enfant connaît une brisure politique ou intime qui le fait entrer dans l'age adulte
sous de mauvais auspices et conditionne l'avenir de sa descendance. Balayant toute la seconde moitié du XXe siècle,
l'auteure donne à sa fiction un parfum d'universalité, faisant naviguer le lecteur entre San Francisco, Haïfa, Munich, Toronto et New York.
Les six voix différentes dénoncent un monde violent et célèbrent l'enfance.
Entre Sol, Randall, Sadie et Kristina, il n'y a au départ rien de commun, si ce n'est les liens du sang : chacun d'entre eux est parent du précédent, du petit Américain sous Bush à l'enfant du Lebensborn nazi. Et que faut-il pour que ce dernier enfant martyr donne naissance finalement à un petit tyran de l'Amérique de Bush ? Il faut trois générations.
L'idée de construction est passionnante. Avec une économie de moyens formidable, Nancy Huston ne nous présente
de cette ligne de souffrance que les instants de cassures, ces instants où la vie bascule à jamais.
Deux des grands thèmes de l'auteure se trouvent ici entremêlés : la puissance destructrice des adultes sur les enfants
et la puissance de destruction des haines raciales sur tous.
C'est à la fois bouleversant, poignant, révoltant et terriblement injuste. L'auteure a tenté d'être le plus neutre possible
et pour cela elle a choisi d'adopter un regard d'enfant (plutôt précoce cependant) en tant que narrateur.
Elle a le don de faire vivre par petites touches les drames silencieux de l'enfance.
Elle nous émeut avec une immense pudeur, devant ces riens du quotidien contre lesquels se fracassent les attentes et les illusions de l'enfance : une parole non tenue, une absence d'attention ou d'amour. Pas de jugement, pas de démonstration.
La démarche de l'écrivaine nous permet de remonter le temps pour mettre à jour progressivement la racine du Mal,
cet inconscient collectif héréditaire, peu à peu révélé. Le piège, très bien orchestré, est de se laisser porter par la construction du roman
au terme duquel le fil conducteur dévide enfin une pelote bien emmêlée.
L'idée était belle de situer ces instants de brisure familiale au moment des cassures historiques qui les entourent sans les expliquer.
Elle nous livre de Bush à Hitler, l'histoire à rebours, suivant la curiosité de l'enfant qui repose toujours la même question « pourquoi ? ».
Quatre enfants, quatre destins, quatre hérédités : les racines des uns sont chez les autres, tout s'imbrique dans une spirale implacable.
Une structure narrative ingénieuse et des points de vue originaux (enfants de 6 ans) associés à une écriture savoureuse, souvent humoristique, avec quelques touches acérées.
NB : l'auteure n'a pu se faire éditer aux USA car elle évoquait la guerre d'Irak et les problèmes d'Abou Graïb !
Ed. Les Arènes
Sigmund Freud, ce vieux monsieur barbu, né au XIXe siècle et dont la mort remonte à plus de 60 ans, énerve comme au premier jour, provoque des réactions aussi viscérales et passionnelles que de son temps. La psychanalyse a envahi notre univers, à tel point que nous parlons tous une sorte de psychanalyse de cuisine : inconscient, faire son deuil, une mère castratrice, tuer le père…
Est rassemblée en un volume, une somme d'information, de témoignages. Différentes approches se conjuguent : historique, philosophique, thérapeutique.
L'immense succès de la psychanalyse dans le monde occidental serait dû à sa méthode d'écoute, plus humaine que les traitements psychiatriques d'autrefois. Mais l'analyste peut faire dire à l'inconscient ce qu'il veut ; le système freudien dispose d'une explication pour tout, propose une clef de décodage universelle.
La première partie du livre relève les contradictions, les silences, les manipulations de cas dont Freud se serait rendu coupable.
Une question essentielle se pose dans une partie suivante : la psychanalyse est-elle une psychothérapie ? Freud défendait
l'idée que la psychanalyse guérissait les névroses : mais l'étude des cas traités par lui ne montre pas des résultats nombreux et foudroyants.
D'autre part, pour Lacan, la guérison ne devait être qu'un « bénéfice de surcroît ». La question est d'importance
pour tous ceux qui y ont recours pour soulager leurs souffrances.
Quel parent (et surtout quelle mère) ne s'est pas senti culpabilisé, lors de consultation chez le psychologue pour des problèmes scolaires, d'hyperactivité, de dyslexie ou d'autisme de leur enfant en écoutant les explications plus ou moins claires de l'homme de l'art ?
Françoise Dolto, si appréciée, était indispensable lorsqu'elle a tenté d'infléchir la culture traditionnelle des familles des années 1940 aux années 1960. Sans elle, il n'y aurait pas eu de contrepoids au clonage éducatif qui refusait d'appréhender l'enfant comme un individu à part entière. Mais de « l'enfant est une personne » du début elle est passée à « l'enfant roi ou l'enfant tyran » si on applique ses théories sur l'éducation personnalisée, l'autorité source de frustrations …
Le livre noir ne veut cependant pas la fin de la psychanalyse, mais appelle à la contestation du dogme, il est une invitation
à accueillir les travaux des chercheurs qui proposent d'autres approches thérapeutiques.
La psychanalyse peut continuer à exister, mais ne peut plus scléroser la pensée, culpabiliser les parents
et imposer une vision unique da la psychologie humaine, alors que les approches d'aujourd'hui sont nombreuses et stimulantes.
Les auteurs s'adressent à tout lecteur, dans un langage clair et accessible à des non initiés.
La table des matières est suffisamment explicite pour pouvoir trouver rapidement le sujet intéressant le lecteur. Tout un chacun
peut « consulter » à son aise !
Parmi 37 commentaires trouvés sur Internet, j'ai relevé 10 fois la cote 0/10 et 16 fois 10/10 : manifestement, le livre ne laisse pas indifférent !
Ed. Luc Pire
Au fil des pages de ce livre, on découvre donc une histoire de Belgique dans laquelle les femmes ont repris leur place. Leur rôle pour faire avancer leurs droits, mais aussi, de manière générale, pour promouvoir les progrès sociaux, est mis en lumière. Elles sont nombreuses à s'être battues pour conquérir le droit de vote, le droit à l'instruction, pour améliorer les conditions de santé, de travail, plus tard pour obtenir le droit à la contraception, puis à l'avortement.
Parmi les femmes citées, certaines nous sont totalement inconnues, d'autres nous évoquent une clinique, une école,
parfois une femme d'aujourd'hui. Bien sûr lorsqu'il s'agit de ces dernières années, les femmes, maintenant magistrates
et chorégraphes, écrivaines et médecins, chefs-coqs et chefs d'entreprise, sportives de haut niveau, journalistes et
responsables politiques … sont généralement plus connues.
Elles sont nombreuses à illustrer les 175 ans écoulés mais et, c'est la dernière phrase du livre « pour des millions de femmes, la lutte
pour l'égalité et l'autonomie n'est pas terminée. Il reste un long chemin à parcourir … ensemble ».
Des Femmes dans l'histoire, peut être lu de différents façons : il se lit page à page, ou en picorant les portraits des femmes,
ou chronologiquement suivant les évènements mondiaux. Une lecture par les images est aussi possible : chaque page propose photos,
dessins, peintures ou affiches.
C'est un livre d'histoire original qui traite d'un hier tout proche et d'un aujourd'hui, puisqu'il se termine en 2005. Il nous remet
en mémoire et en vérité, le souvenir de femmes dont nous avons entendu parler ici et là sans avoir approfondi ces connaissances.
C'est un travail de journaliste (sans doute plus subjectif, et un peu décevant, dans la toute dernière période) aussi bien
qu'un travail d'historien.
Ed. Seuil, coll. La librairie du XXIème siècle
CDU 393.7
Après « Comment j'ai vidé la maison de mes parents » (publié en 2004), découvrant la correspondance amoureuse de ses parents, Lydia Flem poursuit son analyse des liens entre générations. « Que devient le deuil, après le deuil ? » Comment vivons-nous avec nos morts ?
Le deuil est donc l'un des thèmes du livre. Mais le sujet est d'abord ailleurs, à trouver dans la chambre des parents,
dans ce roman des origines que chacun rêve de découvrir.
Comprendre ce qui s'est passé avant sa naissance … d'où l'on vient.
La découverte de la correspondance de sa mère, juive allemande, avec son père, Russe émigré, de leur rencontre en 1946,
dans un sanatorium suisse à leur mariage en France en 1949, fait l'objet de ce livre.
Mêlant extraits de lettres, récits d'épisodes fondateurs et réflexions sur la filiation, l'auteure retrace avec sobriété et pudeur,
la naissance d'un amour, plus fort que la maladie, que la solitude et que les cauchemars de cette époque troublée.
Sans regret d'être entrée par effraction dans l'intimité de ses parents, ni de s'être lancée dans cette aventure littéraire hors norme, elle confie : « Ma lecture m'a permis de passer du temps en leur compagnie. Ce fut un long voyage au pays de l'enfance et de ce qui l'a précédée, tout à la fois éprouvant et émerveillé ».
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